DOSSIER PATIENT · N° PAC-2026
Bilan de santé de l'océan - cinq examens, un pronostic
Le Pacifique se réchauffe. Mais la température n'est qu'un des symptômes. Pour comprendre ce qui se passe, ce diagnostic croise cinq indicateurs : la température de la mer, la montée du niveau marin, l'évolution du littoral, l'état de la biodiversité et les mesures de protection déjà en place. Chaque examen raconte une partie de l'histoire ; ensemble, ils dessinent un état de santé très différent selon les pays. Choisissez un patient pour commencer l'examen.
01 · FIÈVRE
La première alerte est la plus évidente : l'océan se réchauffe. Cette carte compare, pour chaque pays et territoire du Pacifique, l'écart entre la température de surface de la mer et sa température habituelle - plus l'anomalie s'éloigne de la normale, plus la fièvre est élevée. Les seuils sont adaptés à chaque pays : un même écart n'a pas la même signification selon les conditions habituelles du lieu.
À regarder : les pays où la température s'écarte le plus durablement de leur niveau de référence.
Patient :
Pourquoi cette fièvre compte. Une mer plus chaude n'est pas seulement une mer plus chaude. Au-delà de certains seuils et lorsque la chaleur se prolonge, elle peut provoquer le blanchissement des coraux, modifier les conditions de vie des espèces marines et déplacer les zones de pêche vers des eaux plus fraîches. Elle joue aussi un rôle dans l'intensification potentielle des cyclones tropicaux, qui puisent une partie de leur énergie dans cette chaleur.
Source : Pacific Data Hub, .Stat Explorer - indicateurs du changement climatique. Seuils calculés selon la méthode des vagues de chaleur marines (Hobday et al.), adaptée à la granularité annuelle disponible.
Cette courbe montre l'anomalie de température de surface de la mer : l'écart, en degrés Celsius, entre la température mesurée une année donnée et une moyenne de référence calculée sur 1990-2020, pour chaque pays et territoire du Pacifique. Les données combinent mesures satellite et relevés in situ, compilées par le Pacific Data Hub. Le réchauffement des eaux de surface a des conséquences directes et documentées : blanchissement des coraux au-delà de certains seuils de chaleur soutenue, déplacement des zones de pêche à mesure que les espèces migrent vers des eaux plus fraîches, et intensification potentielle des cyclones tropicaux, qui puisent une partie de leur énergie dans la chaleur de l'océan.
Vue d'ensemble
Tous les pays et territoires, triés du plus fébrile au plus stable.
02 · ŒDÈME
Une jambe qui enfle ne dégonfle pas d'elle-même - il faut traiter la cause. Le niveau de la mer non plus : contrairement à la fièvre, il ne redescend presque jamais. Mais tous les patients ne sont pas exposés de la même manière : on ne regarde donc pas seulement la vitesse à laquelle la mer monte, mais ce qu'elle représente pour la population qui vit sur son passage.
À regarder : non seulement la vitesse de montée, mais surtout ce qu'elle représente pour les populations exposées.
Patient :
Source : Pacific Data Hub, .Stat Explorer - anomalies du niveau de la mer (données arrondies à 10 cm dans la source) et population en zone côtière de basse altitude. Référence mondiale du taux : mesures altimétriques satellite 1993-2023 (Nerem et al. ; NASA/GIEC AR6).
Cette carte mesure l'anomalie du niveau de la mer, en millimètres, par rapport à une référence établie au début des mesures satellite altimétriques, en 1993. La hausse observée résulte de deux phénomènes physiques distincts : la dilatation thermique de l'eau de mer sous l'effet du réchauffement, et l'apport d'eau provenant de la fonte des glaciers continentaux et des calottes polaires du Groenland et de l'Antarctique.
Pour comparer les pays, le statut affiché ne repose donc pas uniquement sur cette vitesse de montée. Le score utilisé combine exposition de la population × vitesse de montée : score = (% de la population vivant sous 10 m d'altitude) × (taux de montée en mm/an) - le principe aléa × exposition utilisé en analyse de risque climatique. Un pays où la mer monte vite mais dont la population vit en altitude (ex. Papouasie-Nouvelle-Guinée) devient ainsi moins prioritaire qu'un atoll bas où la mer monte "dans la moyenne mondiale" mais où la quasi-totalité du territoire est menacée (ex. Tuvalu).
Un indice, pas une prédiction. Ce score est un indice de comparaison, pas une mesure physique directe du risque de submersion : il ne permet pas de dire à quelle date un pays sera submergé, ni quelle surface sera effectivement perdue. Il lui manque aussi le troisième terme classique du risque - la capacité d'adaptation (digues, ressources, options de relocalisation) - faute de donnée disponible pour l'intégrer.
Points de vigilance sur les données. La donnée d'exposition de la Papouasie-Nouvelle-Guinée est marquée "valeur manquante" dans la source malgré la présence d'un chiffre. Celle de Tokelau est estimée par analogie avec les autres atolls purs du Pacifique, aucune valeur mesurée n'étant disponible. Ces deux cas devront être vérifiés avant toute publication finale.
Vue d'ensemble
Tous les pays et territoires, comparés par score de risque (vitesse × exposition).
03 · LÉSIONS CUTANÉES
La montée de la mer ne touche pas seulement le niveau de l'eau : elle agit sur une frontière essentielle, le trait de côte. Plage après plage, baie après baie, le littoral peut reculer - ou au contraire avancer localement. Cet examen compare l'évolution du trait de côte entre le premier relevé satellite disponible et aujourd'hui, point par point.
À regarder : les zones où le littoral recule le plus, mais aussi celles où il progresse.
Patient :
aujourd'hui
Source : Digital Earth Pacific Coastlines (dep_ls_coastlines), traits de côte annuels dérivés d'imagerie satellite Landsat. Taux et NSM (Net Shoreline Movement) calculés uniquement sur les points de confiance "good". Négatif = recul (érosion), positif = croissance (accrétion).
Cette donnée provient de Digital Earth Pacific Coastlines, un produit qui combine des dizaines de milliers d'images satellite Landsat pour reconstituer la position annuelle du trait de côte le long de transects espacés régulièrement. Pour chaque point, deux statistiques sont calculées : le taux annuel (mm/an, régression linéaire sur toutes les années disponibles) et le NSM (Net Shoreline Movement, la distance entre le tout premier et le tout dernier relevé disponible pour ce point). Un taux négatif correspond à un recul du littoral (érosion), un taux positif à une progression (accrétion).
Pourquoi utiliser la médiane ? Les littoraux ne changent pas partout de la même manière : un port agrandi, un remblaiement ou un aménagement côtier peut produire une évolution très forte sur quelques points seulement. Une moyenne nationale pourrait alors donner une image trompeuse de la tendance générale. La médiane réduit l'influence de ces valeurs extrêmes. Seuls les points classés "bonne confiance" par la méthode source sont conservés, afin d'écarter les mesures perturbées par les nuages, les vagues ou des artefacts de modélisation.
Vue d'ensemble
Tous les pays et territoires, comparés par taux médian d'évolution du trait de côte.
04 · ORGANES VITAUX
Le changement climatique ne se mesure pas seulement avec des thermomètres et des satellites : il se lit aussi dans le vivant. Cet examen regarde l'état de la biodiversité à travers l'indice de la Liste rouge - lorsqu'il diminue, le risque d'extinction des espèces évaluées augmente. Chaque pays est comparé à la moyenne des 21 pays et territoires du Pacifique en 2024.
À regarder : le niveau actuel de l'indice, mais aussi sa tendance.
Patient :
Niveau actuel
Tendance
Source : Pacific Data Hub, .Stat Explorer - SDG 15.5.1 Red List Index (BirdLife International et UICN). L'indice va de 0 (toutes les espèces évaluées éteintes) à 1 (aucune espèce menacée).
L'indice de la Liste rouge (Red List Index) mesure l'évolution du risque d'extinction d'un ensemble d'espèces évaluées (mammifères, oiseaux, amphibiens, coraux, cycas), sur une échelle de 0 (toutes les espèces évaluées sont éteintes) à 1 (aucune n'est menacée), calculé par l'UICN et BirdLife International à partir des catégories de menace attribuées à chaque espèce.
Ce que cet indice dit - et ne dit pas. Le Red List Index ne mesure pas directement le réchauffement climatique : il mesure l'évolution du risque d'extinction, un signal des conséquences cumulées de plusieurs pressions (changement climatique, perte d'habitat, espèces invasives, surexploitation des ressources). C'est aussi un indicateur officiel de l'Objectif de développement durable 15 des Nations unies.
Des seuils construits pour ce diagnostic. Il n'existe pas de seuil critique international publié pour cet indice : les catégories utilisées ici sont calculées statistiquement, en comparant chaque pays à la moyenne et à l'écart-type des 21 pays du Pacifique pour l'année la plus récente disponible. Le classement est donc relatif au Pacifique, pas à un seuil universel de bonne ou de mauvaise santé écologique.
Vue d'ensemble
Tous les pays et territoires, comparés à la moyenne Pacifique 2024.
05 · TRAITEMENT
Le diagnostic montre les symptômes. Ce dernier examen regarde ce qui est déjà fait pour y répondre, à travers deux mesures préventives : 1. les aires marines protégées - quelle part de la zone économique exclusive est placée sous protection ? - et 2. la stratégie de réduction des risques - le pays dispose-t-il d'une stratégie nationale alignée sur le cadre de Sendai ? Ces indicateurs ne guérissent pas les symptômes précédents, mais indiquent dans quelle mesure le patient dispose déjà de moyens pour y faire face.
Patient :
Aires marines protégées
Stratégie nationale (cadre de Sendai)
Source : Pacific Data Hub, .Stat Explorer - SDG 14.5.1 (couverture d'aires marines protégées, ZEE) et SDG 13.1.2 (dispositif législatif/réglementaire de gestion des risques de catastrophe, cadre de Sendai).
Deux indicateurs officiels des Nations unies sont combinés ici. Le SDG 14.5.1 mesure la part de la zone économique exclusive (ZEE) d'un pays placée sous protection légale (réserves marines, récifs protégés, zones de pêche réglementées) - la cible officielle du SDG 14.5 est de 10% minimum, le seul des cinq examens de ce diagnostic à disposer d'un seuil international chiffré. Le SDG 13.1.2 indique si le pays a adopté et met en œuvre une stratégie nationale de réduction des risques de catastrophe alignée sur le cadre de Sendai.
Un cas particulier pour certains territoires. Pour les territoires non autonomes - Samoa américaines, Guam, Îles Mariannes du Nord, Tokelau et Wallis-et-Futuna - la donnée sur la stratégie nationale n'est pas disponible : la compétence relève de leur métropole plutôt que d'une stratégie nationale propre. Ils ne sont donc ni pénalisés ni récompensés dans le score combiné pour cette raison.
Comment est calculé le score ? Le score final correspond à une moyenne simple des deux composantes, plafonnée à 1 dès que la cible des 10% est atteinte pour les aires marines protégées. Ce score permet de comparer les dispositifs de protection existants ; il ne mesure pas leur efficacité réelle sur le terrain.
Vue d'ensemble
Tous les pays et territoires, comparés par score de protection combiné.
DOSSIER PATIENT - SYNTHÈSE FINALE
Patient :
Fièvre
Œdème
Lésions
Organes vitaux
Traitement
Les cinq examens racontent la même histoire sous des angles différents. La température monte. Le niveau de la mer monte. Les littoraux se transforment. La biodiversité s'affaiblit. Et les réponses mises en place ne sont pas les mêmes partout. Ces symptômes ne sont pas indépendants : ils sont liés par un même phénomène, le réchauffement de l'océan et ses conséquences en chaîne. Une mer plus chaude se dilate et contribue à l'élévation du niveau marin ; une mer qui monte modifie les conditions auxquelles sont soumis les littoraux ; des écosystèmes déjà fragilisés doivent en parallèle faire face à de multiples pressions. Mais ce diagnostic ne permet pas de désigner simplement des pays "malades" et d'autres "en bonne santé" - aucun des 21 pays du Pacifique n'échappe complètement aux symptômes. Ce qui change, c'est leur intensité, et surtout la capacité à y faire face.
Le même symptôme, des conséquences très différentes. Une montée du niveau marin proche de la moyenne mondiale ne représente pas le même danger pour un pays montagneux et pour un atoll dont le territoire se trouve presque entièrement à très faible altitude. De la même manière, un recul du littoral ne signifie pas partout la même chose : la population exposée, les infrastructures, les ressources disponibles et les possibilités d'adaptation changent considérablement d'un pays à l'autre. C'est pourquoi le pronostic ne dépend pas seulement de la vitesse à laquelle les symptômes apparaissent - il dépend aussi de la vulnérabilité du patient qui les subit.
Et maintenant ? Le dernier examen apporte une nuance essentielle : le diagnostic est sérieux, mais il n'est pas figé. Certains pays disposent déjà de mesures de protection, d'aires marines protégées ou de stratégies de réduction des risques ; d'autres disposent de dispositifs plus limités. Le traitement ne supprime pas les symptômes, mais il peut réduire leurs conséquences. Ce diagnostic ne cherche donc pas à dire quel pays va "perdre" face au changement climatique - il cherche à montrer, à partir de données comparables, où les pressions sont les plus fortes, où les vulnérabilités sont les plus importantes et où des réponses sont déjà en place.
Cinq examens. Un même patient.
01 · Fièvre - La température de surface de la mer s'éloigne de sa normale.
02 · Œdème - Le niveau marin monte, avec une exposition très différente selon les territoires.
03 · Lésions - Le trait de côte recule ou progresse sous l'effet de dynamiques locales.
04 · Organes vitaux - Le risque pesant sur la biodiversité évolue.
05 · Traitement - Les dispositifs de protection et de prévention ne sont pas les mêmes partout.
Le Pacifique n'est pas un seul patient. Mais tous partagent le même diagnostic climatique.
Les cinq examens s'appuient sur des données réelles issues principalement du Pacific Data Hub et de Digital Earth Pacific. Chaque indicateur possède ses propres méthodes, limites et références ; les scores construits pour ce diagnostic servent à comparer les pays et territoires entre eux, ils ne constituent pas des mesures universelles du risque.
Les cinq actes de ce dossier sont connectés à des données réelles (Pacific Data Hub et Digital Earth Pacific).